Si votre agence web a fermé ses portes, la première urgence n’est pas votre site, c’est votre nom de domaine. Tant que vous ne savez pas qui en est le titulaire officiel, vous ne contrôlez rien : ni le renouvellement, ni le transfert, ni même la possibilité de faire pointer votre site ailleurs. Voici, dans l’ordre, ce qu’il faut vérifier et faire pour ne pas perdre votre site.
Je vois ce cas deux ou trois fois par an : une fermeture d’agence web du jour au lendemain, souvent une petite structure, parfois un indépendant qui a mis la clé sous la porte sans prévenir personne. Le client se retrouve avec un site qui tourne encore, mais plus aucun interlocuteur pour le mettre à jour ou même le renouveler. Voici le plan d’urgence, étape par étape.
Mon agence web a fermé, par quoi je commence ?
Vous commencez par identifier qui détient deux choses : le nom de domaine et l’hébergement. Ce sont les deux éléments qui, s’ils vous échappent, peuvent faire disparaître votre site du jour au lendemain, même s’il fonctionne parfaitement aujourd’hui.
Le nom de domaine, c’est l’adresse (votresite.fr). L’hébergement, c’est le serveur qui stocke les fichiers et la base de données. Un prestataire un peu structuré sépare les deux, mais beaucoup de petites agences achètent le domaine en leur nom propre “pour simplifier” et hébergent tout chez le même prestataire technique. Résultat : si l’agence disparaît, ces deux briques peuvent disparaître avec elle, ou rester bloquées sur un compte que plus personne ne surveille.
Comment savoir si le nom de domaine est à mon nom ?
Allez sur le WHOIS de l’AFNIC si votre domaine est en .fr, ou sur l’annuaire de l’ICANN pour les autres extensions, et cherchez le champ “titulaire” ou “registrant”. Si c’est votre nom ou celui de votre entreprise qui apparaît, vous êtes en bonne position : le domaine vous appartient juridiquement, même si l’agence gérait le compte technique pour vous.
Si c’est le nom de l’agence, de son gérant ou une adresse email en @nomdelagence.fr qui s’affiche, le domaine est légalement la propriété du prestataire, pas la vôtre, même si vous l’avez payé chaque année. C’est le scénario qui demande une démarche de récupération en bonne et due forme, détaillée dans le point suivant.
Le domaine est au nom de l’agence fermée, que faire ?
Contactez d’abord le bureau d’enregistrement (le registrar) qui gère techniquement le domaine, pas l’agence disparue. Vous le trouvez dans les mêmes informations WHOIS mentionnées plus haut, à côté du titulaire. Chaque registrar a une procédure de transfert de propriété pour ce cas précis, avec généralement une preuve à fournir : facture du domaine à votre nom, extrait Kbis ou SIRET de votre entreprise, parfois une déclaration sur l’honneur.
Si l’agence a simplement cessé son activité sans liquidation officielle, cette démarche aboutit en général en une à trois semaines. Si elle a été placée en liquidation judiciaire, le point suivant s’applique.
Et si l’agence a été mise en liquidation judiciaire ?
Dans ce cas, les actifs de l’entreprise, y compris les noms de domaine détenus en son nom, passent sous la responsabilité d’un liquidateur judiciaire désigné par le tribunal de commerce. Vous pouvez consulter les procédures collectives en cours sur Infogreffe en recherchant le nom de l’agence ou son SIRET, ce qui vous donne les coordonnées du mandataire ou liquidateur en charge.
Écrivez-lui directement, avec vos preuves de paiement du domaine et de la prestation. Un liquidateur traite en priorité les créances et les litiges financiers, un simple transfert de nom de domaine sans enjeu d’argent se règle en général assez vite une fois qu’il a votre dossier. Ce n’est pas instantané, mais ça se débloque.
Comment je récupère l’accès à l’hébergement ?
Si l’hébergement était chez un prestataire tiers (OVH, o2switch, Cloudflare et consorts) et pas directement chez l’agence, contactez cet hébergeur avec la même logique : preuve que vous êtes le client final, facture, SIRET. La plupart des hébergeurs français ont un service dédié à ce type de litige entre client final et agence disparue.
Si l’agence hébergeait elle-même le site sur son propre serveur, c’est plus délicat : il faut passer par le liquidateur (voir plus haut) ou, si l’agence a juste cessé sans liquidation, tenter de joindre le gérant directement. Dans ce cas précis, ne perdez pas de temps à négocier trop longtemps : commencez en parallèle une refonte de votre site internet chez un nouveau prestataire, avec sauvegarde de votre contenu existant si vous parvenez à le récupérer. Un site refait proprement, avec un nom de domaine enfin à votre nom, vaut mieux qu’un site otage d’un dossier de liquidation qui traîne.
Mon site risque-t-il de disparaître pendant ce temps ?
Oui, si l’hébergement ou le domaine arrivent à échéance sans renouvellement pendant que le dossier traîne. Vérifiez la date d’expiration du nom de domaine sur le WHOIS mentionné plus haut : si elle approche, c’est la priorité absolue, avant même la question de propriété. Un domaine expiré peut être racheté par n’importe qui dans les jours qui suivent, y compris par un concurrent ou un spéculateur.
Si vous voyez une échéance proche et aucun moyen de la régler avec l’ancien prestataire, contactez un professionnel qui peut intervenir en urgence pour sécuriser ce qui peut l’être, même avant la fin des démarches administratives.
Je n’ai aucun accès et aucun contact, que faire ?
C’est le cas le plus fréquent, et pourtant il se débloque presque toujours. Commencez par le WHOIS pour identifier le titulaire réel du domaine, c’est l’information la plus facile à obtenir et celle qui détermine toute la suite. Ensuite, cherchez le SIRET de l’agence sur societe.com ou Infogreffe pour savoir si elle est simplement fermée (radiée) ou en liquidation, ce qui change l’interlocuteur à contacter.
Pendant ces démarches, faites une capture complète de votre site actuel (pages, textes, visuels) si vous y avez encore accès en lecture, même sans les codes d’administration. Ça vous permet de repartir avec votre contenu même si la récupération technique traîne.
Combien de temps ça prend, en vrai ?
Comptez de deux à six semaines dans la majorité des cas où le domaine est à votre nom ou que l’agence est simplement fermée sans liquidation. Comptez plutôt six à douze semaines si un liquidateur judiciaire est impliqué, le temps que votre dossier remonte dans sa pile. Ce n’est pas instantané, mais dans la quasi-totalité des situations que j’ai vues, ça finit par se régler.
Pendant l’attente, ne restez pas les bras croisés : préparez la suite. Un site qui vient d’être récupéré dans ces conditions a souvent besoin d’un contrat de maintenance site internet clair, avec un interlocuteur qui répond, pour éviter de revivre la même situation dans deux ans.
Comment éviter ce problème avec le prochain prestataire ?
Deux réflexes suffisent à éviter 90 % de ces situations. D’abord, exigez que le nom de domaine soit acheté et enregistré directement à votre nom ou celui de votre entreprise, jamais à celui de l’agence, même si c’est elle qui s’occupe du renouvellement au quotidien. Ensuite, demandez systématiquement vos identifiants d’hébergement et d’administration dès la mise en ligne, pas seulement le jour où vous en avez besoin.
Avant de signer avec un nouveau prestataire, posez-lui directement la question de la propriété du domaine et des accès : j’ai listé les questions à poser avant de signer avec une agence pour ne plus jamais vous retrouver dans cette situation. Et si vous avez déjà un contrat en cours ailleurs, vérifiez ce qu’il prévoit vraiment sur ce point avec ce guide pour lire un contrat de maintenance avant de vous engager plus longtemps.

Que faire si je veux repartir sur de bonnes bases après coup ?
Une fois le domaine et les accès sécurisés, ne vous contentez pas de faire tourner l’ancien site tel quel. C’est souvent le bon moment pour une refonte complète : le design a probablement vieilli, le référencement n’a pas été suivi depuis des mois, et vous avez maintenant un interlocuteur unique qui garde vos accès à jour d’un contrat à l’autre. Si vous avez pu récupérer le contenu de votre ancien site, il sert de base de travail, pas de point de départ obligé.