Pour récupérer votre site internet après avoir changé de prestataire, il faut réunir quatre choses avant de couper le contact : les identifiants d’accès à l’hébergement, les codes du nom de domaine, une sauvegarde complète des fichiers et de la base de données, et une lettre de résiliation envoyée dans les délais. Sans ça, vous ne récupérez rien — vous repartez de zéro, et le site que vous avez payé reste chez votre ancienne agence.

Ce n’est pas de la parano. Je reprends régulièrement le site d’un artisan qui vient de changer prestataire web, et dans la moitié des cas le client n’a jamais eu ses accès. Voici comment faire les choses dans l’ordre, sans y laisser trois mois et votre référencement au passage.

Pourquoi c’est souvent bloqué dès le départ

La plupart des artisans qui m’appellent pour changer prestataire web n’ont jamais touché aux réglages de leur propre site. C’est l’ancienne agence qui a acheté le nom de domaine, ouvert l’hébergement, installé le site — et qui a gardé tous les mots de passe “pour vous simplifier la vie”. Tant que tout va bien, ça ne pose pas de problème. Le jour où vous voulez partir, ça en pose un gros.

La propriété du site internet de l’artisan, c’est souvent flou dans la tête de tout le monde — y compris chez l’agence. Le nom de domaine est le point le plus sensible : s’il a été acheté au nom de l’agence et non au vôtre, c’est elle qui en est juridiquement propriétaire — même si c’est votre nom d’entreprise qui s’affiche dessus. Je l’ai vu chez un couvreur de Landerneau : son site tournait depuis 4 ans, son domaine était payé chaque année sur sa carte bancaire, mais le compte du registrar était au nom du gérant de l’agence, qui avait fermé boutique entre-temps. Six semaines de démarches pour récupérer un domaine qu’il payait déjà.

Avant d’aller plus loin, vérifiez qui est propriétaire réel de votre nom de domaine sur le WHOIS de l’AFNIC pour un .fr, ou sur l’annuaire de l’ICANN pour les autres extensions. Si le titulaire n’est pas vous ou votre entreprise, c’est le premier point à régler — avant même de parler de résiliation.

Relisez le contrat avant d’annoncer quoi que ce soit

Ne prévenez pas votre agence actuelle avant d’avoir relu le contrat en entier — pas juste la partie tarifs. Trois clauses comptent vraiment : la durée d’engagement et la reconduction tacite, le préavis de résiliation exigé, et surtout ce qui est écrit sur la propriété du site. J’ai détaillé les points à vérifier dans un contrat de maintenance — relisez-le à tête reposée, un café à la main, pas au téléphone avec un commercial qui vous presse.

Un point revient souvent et surprend : le contrat peut préciser que “le site reste la propriété du client” tout en gardant le code source, les templates ou les extensions payantes comme propriété de l’agence. Dans ce cas, ce que vous récupérez, c’est une coquille vide — le contenu, pas le moteur qui le fait tourner. Repérez cette nuance maintenant, elle change toute la suite des démarches.

Sauvegardez tout avant de couper le contact

Une fois le contrat relu, sauvegardez avant de résilier — jamais l’inverse. Une agence qui apprend votre départ n’a plus grand intérêt à vous faciliter la vie, et un accès qui “ne fonctionne plus” au moment où vous en avez besoin, ça arrive plus souvent qu’on ne le pense.

Ce qu’il faut récupérer, dans l’ordre :

  • Les fichiers du site : via FTP si vous avez les accès, ou en demandant une exportation complète à l’agence (fichiers + thème + médias).
  • La base de données : indispensable si le site tourne sous WordPress, PrestaShop ou tout CMS avec contenu dynamique. Un export SQL suffit.
  • Les identifiants d’hébergement : cPanel, Plesk, ou l’accès au panneau du serveur, selon l’hébergeur.
  • Les codes du nom de domaine : le code auth (ou “code EPP”) qui permet le transfert vers un autre bureau d’enregistrement.
  • Les accès emails professionnels si vos boîtes mail tournent sur le même hébergement que le site — sans ça, vous perdez vos mails du jour au lendemain.

Demandez ces éléments par écrit (email, pas coup de fil) pour garder une trace en cas de litige. Une agence sérieuse vous les transmet en quelques jours. Une agence qui traîne ou qui invente des prétextes techniques, c’est un signal — celui d’un prestataire qui n’a jamais eu l’intention de vous rendre la main facilement, et qui vous forcera peut-être à improviser .

Transférer le nom de domaine : la procédure, pas à pas

Le transfert d’un nom de domaine vers un autre bureau d’enregistrement (OVH, Ionos, Gandi ou celui de votre nouveau prestataire) suit une procédure encadrée par l’AFNIC pour les .fr, et par l’ICANN pour les autres extensions. Concrètement :

  1. Demandez le code auth (ou code de transfert) à l’agence qui détient le domaine actuellement.
  2. Vérifiez que le domaine n’est pas verrouillé (“transfer lock”) — sinon demandez le déverrouillage.
  3. Lancez la demande de transfert depuis le nouveau bureau d’enregistrement, avec ce code.
  4. Le titulaire actuel a un délai légal pour s’y opposer — 8 jours pour un .fr en l’absence de réponse, le transfert se fait automatiquement.

Pour un .fr, le silence de l’ancien prestataire ne bloque rien : il ne fait que porter le délai à ces 8 jours. C’est une bonne nouvelle si l’agence a disparu ou ne répond plus. Comptez malgré tout une marge de 2 à 3 semaines pour l’ensemble de la procédure, DNS compris — ne coupez jamais l’ancien hébergement avant que le nouveau site ne soit visible avec le nouveau prestataire, sous peine de coupure pure et simple pour vos visiteurs.

Résilier proprement : préavis et reconduction tacite

Une fois vos sauvegardes en poche et le transfert de domaine lancé, résiliez par lettre recommandée avec accusé de réception — un email seul se perd trop facilement dans une boîte mail professionnelle. Respectez le préavis inscrit au contrat (souvent 1 à 3 mois avant la date anniversaire) : le rater vous reconduit pour une période complète, parfois 12 mois de plus, même si vous n’utilisez plus le service.

Le droit de la consommation protège les particuliers contre la reconduction tacite abusive, mais une micro-entreprise ou une TPE reste souvent régie par le droit commercial classique, plus favorable au prestataire. C’est une raison de plus pour poser les bonnes questions avant de signer la prochaine fois — la clause de sortie se négocie avant, jamais après.

Schéma en 4 étapes pour récupérer son site internet : sauvegarde, accès, transfert du domaine, résiliation

Quand ça coince : trois blocages courants

L’agence ne répond plus. Envoyez la demande par recommandé à l’adresse du siège (disponible sur le Kbis ou l’annuaire des entreprises). Sans réponse sous 8 jours pour un .fr, le transfert de domaine se débloque de lui-même. Pour l’hébergement, si le site reste accessible, une capture complète du code source via FTP ou via un outil d’aspiration de site peut dépanner en dernier recours.

Le domaine est au nom de l’agence, pas au vôtre. C’est le blocage le plus long à lever. Il faut apporter la preuve que vous êtes le titulaire légitime de l’activité (Kbis, factures du site payées par vous) et parfois passer par une procédure de médiation auprès de l’AFNIC. Comptez plusieurs semaines — encore une bonne raison d’exiger que tout futur domaine soit acheté directement en votre nom.

Le code source n’a jamais été communicable parce que le site tourne sur un CMS propriétaire fermé (certains constructeurs “clé en main” ne permettent aucune exportation). Dans ce cas, il n’y a rien à récupérer techniquement — seul le contenu (textes, images) peut être resauvegardé manuellement, et le site doit être reconstruit de zéro ailleurs.

Reconstruire proprement, et ce que ça coûte

Une fois les accès et les sauvegardes en main, deux options s’offrent à vous : réinstaller le site existant chez un nouveau prestataire, ou repartir sur une base saine. Dans la moitié des cas où j’interviens, réinstaller un vieux site coûte presque aussi cher que d’en refaire un neuf, propre et sans les dettes techniques accumulées — plugins abandonnés, thème jamais mis à jour, code bricolé au fil des ans.

Si le contenu texte est encore bon et que seule la partie technique pose problème, une refonte de site internet à Brest permet de repartir avec un site rapide, à vous, hébergé où vous voulez, sans dépendre à nouveau d’un seul prestataire pour vos accès. Comptez généralement 3 à 6 semaines pour une refonte complète, contenu récupéré et adapté compris.

Ce que le changement de prestataire fait à votre référencement

Un transfert de domaine bien mené n’a aucun impact sur votre référencement — Google suit le domaine, pas l’hébergeur. Ce qui casse le SEO, ce sont les mauvaises manipulations autour : une redirection oubliée quand vous changez de structure d’URL, une coupure de plusieurs jours entre l’ancien et le nouveau site, ou un nouveau prestataire qui reconstruit tout sans reprendre les mêmes adresses de page.

Avant de couper l’ancien hébergement, notez toutes les URLs indexées de votre site (Google Search Console vous les donne en quelques clics) et vérifiez qu’elles renvoient bien quelque part sur le nouveau site, même provisoirement. Un site qui garde ses adresses ne perd quasiment rien ; un site entièrement réorganisé sans redirections peut perdre plusieurs mois de positionnement acquis.

Erreurs à éviter la prochaine fois

Trois réflexes évitent de revivre ce genre de galère :

  • Exigez que le nom de domaine soit acheté à votre nom, jamais à celui de l’agence, dès la première signature.
  • Demandez vos identifiants d’hébergement dès la mise en ligne, pas seulement le jour où vous voulez partir — un mot de passe noté quelque part vaut mieux qu’un appel désespéré six mois plus tard.
  • Gardez une copie de vos factures et du contrat pendant toute la durée de la prestation, même après résiliation — elles servent de preuve en cas de litige sur la propriété.

Questions fréquentes

Combien de temps prend la récupération d’un site après changement de prestataire ? Entre 2 et 6 semaines dans la plupart des cas : quelques jours pour les sauvegardes, jusqu’à 3 semaines pour le transfert du nom de domaine, et le temps de reconstruction si le site doit être reproposé ailleurs.

Mon ancienne agence peut-elle me facturer pour me rendre mes fichiers ? Si le contrat ne le prévoit pas explicitement, non — mais certaines agences le tentent quand même. Vérifiez le contrat avant de payer quoi que ce soit, et privilégiez toujours l’écrit pour ces échanges.

Puis-je récupérer mon site si je ne me souviens plus qui héberge mon nom de domaine ? Oui. Une recherche WHOIS sur le domaine indique le bureau d’enregistrement actuel, même sans connaître l’hébergeur d’origine.