Le mot « cahier des charges » fait peur. On imagine un dossier de quarante pages, des tableaux, du jargon, un truc d’informaticien. Pour un site d’artisan, ce n’est pas ça. Un cahier des charges de site internet d’artisan tient sur une page, et vous pouvez le remplir en vingt minutes, un café à la main, sans rien connaître au web.

Je vais être honnête avec vous : la plupart des projets de site qui tournent mal ne tournent pas mal à cause de la technique. Ils tournent mal parce que personne n’avait écrit, noir sur blanc, ce que le site devait faire. Le prestataire a deviné. Vous avez espéré. Et au moment de la livraison, chacun découvre que l’autre n’avait pas la même idée en tête.

À quoi sert un cahier des charges (et pourquoi une page suffit)

Un cahier des charges répond à une seule question : qu’est-ce que ce site doit vous rapporter, et qu’est-ce qu’il doit contenir pour y arriver ?

Il sert à trois choses concrètes :

  • Comparer des devis. Si vous donnez le même document à trois prestataires, vous recevez trois propositions sur la même base. Sans lui, vous comparez des choux et des carottes. Pour apprendre à décortiquer ce qui revient, j’ai écrit un guide pour lire un devis de site internet ligne par ligne.
  • Éviter les options facturées en cours de route. Le « ah, vous vouliez aussi un formulaire de devis ? » arrive quand rien n’a été écrit au départ.
  • Vous obliger à décider. Quand vous remplissez la page, vous vous rendez compte que vous ne savez pas encore qui est votre client idéal ou quelle prestation vous voulez vendre en priorité. Mieux vaut le découvrir avant de payer.

Une page, pas quarante, parce que votre site vitrine n’a pas besoin de plus. Un artisan qui présente trois ou quatre prestations, sa zone d’intervention et ses réalisations, ça se cadre en douze questions. Les cahiers des charges de plusieurs dizaines de pages concernent les logiciels sur mesure et les grosses plateformes.

Le modèle : 12 questions pour préparer votre projet de site web

Prenez une feuille ou un document vide. Répondez dans l’ordre. Des phrases courtes suffisent, comme si vous m’expliquiez votre métier au comptoir.

Bloc 1 : votre activité

1. Qui êtes-vous, en deux lignes ? Votre métier, votre zone, depuis quand. Exemple : « Carreleur à Landerneau depuis 2011, je travaille sur le Pays de Landerneau-Daoulas, salles de bains et terrasses. »

2. Qu’est-ce que vous voulez vendre en priorité ? Pas tout. Les deux ou trois prestations qui vous rapportent le mieux ou que vous aimez le plus faire. Un site qui dit « on fait tout » ne retient personne.

3. Qui est votre client type ? Particulier propriétaire, syndic, promoteur, autre artisan en sous-traitance ? L’âge, le type de chantier, le budget habituel. Ça change le ton, les photos et les mots du site.

Bloc 2 : ce que le site doit faire

4. Quelle action voulez-vous que le visiteur fasse ? Vous appeler, remplir un formulaire de devis, passer à l’atelier. Une seule action principale. Si vous répondez « tout », vous n’avez pas répondu.

5. Combien de demandes par mois souhaitez-vous ? Un chiffre, même approximatif. Trois devis de plus par mois, c’est un objectif. « Plus de visibilité », ce n’est pas un objectif, c’est un souhait.

6. Quelles pages vous faut-il ? Pour un site vitrine d’artisan, la base : accueil, une page par prestation, réalisations, à propos, contact. Ajoutez ce qui a du sens pour vous (zone d’intervention, avis, certifications).

Bloc 3 : le contenu

7. Qui fournit les textes ? Vous, le prestataire, ou un mélange ? C’est la ligne qui change le plus le prix et le délai. La liste de ce qu’on vous demandera de toute façon se trouve dans ce qu’il faut fournir pour créer un site internet.

8. Quelles photos avez-vous ? Chantiers terminés, atelier, vous au travail. Comptez-les honnêtement. Vingt photos nettes valent mieux que deux cents floues. Un shooting photo est parfois à prévoir, et il doit apparaître dans le devis.

9. Avez-vous déjà un logo, une charte, un nom de domaine ? Si oui, notez où ils se trouvent et qui y a accès. Le nom de domaine, en particulier : il doit être à votre nom, pas à celui de l’ancien prestataire.

Bloc 4 : le cadre

10. Quels sites aimez-vous, et lesquels détestez-vous ? Trois exemples de chaque, même hors de votre métier. Pas pour copier, pour que je comprenne votre goût en dix secondes. Et si c’est votre conjointe qui juge si « c’est beau », mettez-la dans la boucle dès cette étape, pas à la livraison.

11. Quel budget et quel délai ? Dites votre fourchette. Un prestataire honnête vous dira si elle est réaliste. À titre d’ordre de grandeur, un site vitrine bien fait commence autour de 750 € HT chez moi (tarifs affichés sur la page création de site vitrine à Brest). Pour comprendre pourquoi les devis varient autant, regardez .

12. Qui décide, et qui s’occupe du site après la mise en ligne ? Un seul interlocuteur côté client, pour éviter les retours contradictoires. Et la suite : mises à jour, hébergement, sauvegardes. Précisez si vous voulez une maintenance sans engagement ou autre chose.

Main qui écrit dans un carnet ouvert posé sur un tabouret en bois, vue de dessus : remplir son cahier des charges de site internet en une page

Un exemple rempli, pour un plombier-chauffagiste

Voici ce que ça donne en pratique. Un plombier de Plouzané remplit sa page :

  • Activité : plomberie et chauffage, Plouzané et alentours, 8 ans d’activité.
  • Priorité : remplacement de chaudière, pompe à chaleur, dépannage urgent.
  • Client type : propriétaires de maisons des années 80 à 2000, entre 40 et 65 ans.
  • Action : appel téléphonique (bouton « appeler » visible en permanence sur mobile), puis formulaire de devis.
  • Objectif : 4 demandes de devis par mois en plus de ce qu’il a déjà.
  • Pages : accueil, chaudière, pompe à chaleur, dépannage, réalisations, contact.
  • Textes : à rédiger par le prestataire après un entretien téléphonique.
  • Photos : une quinzaine de chantiers, aucune de lui. Un portrait est à prévoir.
  • Existant : nom de domaine chez OVH, pas de logo.
  • Goût : aime les sites sobres et clairs, déteste les bannières qui clignotent.
  • Budget : 1 000 à 1 500 €, mise en ligne avant le début de l’automne.
  • Décision : lui seul. Maintenance souhaitée.

Ça prend douze lignes. Et avec ça, n’importe quel prestataire sérieux peut chiffrer sans vous poser vingt questions supplémentaires.

Ce que vous n’avez pas besoin de savoir

Quand je reçois un artisan, il me dit souvent : « Je ne sais pas si je dois choisir WordPress ou autre chose, je ne comprends rien à la technique. » Bonne nouvelle : ce n’est pas à vous de le décider. Un cahier des charges d’artisan décrit ce que vous voulez obtenir, pas comment le fabriquer.

Vous n’avez pas à écrire :

  • le choix de l’outil de création (c’est mon travail de vous conseiller),
  • le type d’hébergement,
  • les termes techniques (CMS, responsive, SSL),
  • les mots-clés exacts à viser, même si je vous demanderai quelles villes vous voulez couvrir.

Si un prestataire vous renvoie un brief plein de sigles en vous demandant de le remplir, méfiez-vous : il vous fait faire son travail.

Les erreurs classiques quand on prépare son projet de site

Ce que je rencontre souvent quand j’arrive après un premier prestataire ou une première tentative :

  • Vouloir tout mettre sur le site. Quinze prestations, trente pages. Résultat : un visiteur perdu et un site long à faire. Commencez par ce qui rapporte.
  • Ne pas dire son budget. Par pudeur ou par stratégie de négociation. Le résultat est un devis hors sujet, donc une semaine de perdue.
  • Oublier la suite. Un site mis en ligne n’est pas fini. Qui le met à jour dans deux ans ? Qui répond quand il est en panne ? Pour savoir si ces coûts sont une dépense ou un investissement, lisez .
  • Garder l’avis de la famille pour la fin. Si la conjointe, l’associé ou le fils qui s’y connaît doit valider, qu’il le fasse sur le cahier des charges, pas sur le site fini.
  • Ne pas préciser qui possède quoi. Nom de domaine, textes, photos, accès : tout doit être à votre nom. Écrivez-le.

Que faire de ce document une fois rempli

Trois usages, dans l’ordre :

  1. L’envoyer à deux ou trois prestataires avec la même consigne : « Voici mon projet, envoyez-moi un devis détaillé. » Les réponses vous diront beaucoup. Celui qui pose des questions pertinentes en retour a lu votre page. Celui qui renvoie un tarif standard sans rien demander n’a pas lu grand-chose.
  2. Poser ensuite les bonnes questions avant de signer. J’ai rassemblé les plus utiles dans .
  3. Vérifier si une aide existe pour votre projet. Certaines subventions régionales demandent un document décrivant le projet. Votre page de cahier des charges en constitue la base. Voir .

Si vous refaites un site existant plutôt que d’en créer un neuf, la démarche est la même, avec une étape de plus : l’inventaire de ce qui marche déjà. Voir .

Questions fréquentes

Faut-il un cahier des charges pour un petit site vitrine ?

Oui, mais allégé. Les douze questions ci-dessus suffisent. Un site de cinq pages sans cahier des charges, ça marche si le prestataire vous écoute longuement. Avec une page écrite, vous gagnez du temps des deux côtés.

Combien de temps pour le remplir ?

Vingt minutes si vous connaissez votre activité, une heure si vous devez retrouver vos photos et votre accès au nom de domaine. Remplissez-le en une fois, sans le peaufiner.

Et si je ne sais pas répondre à une question ?

Écrivez « je ne sais pas ». C’est une réponse valable, et elle indique au prestataire un point à creuser avec vous. Mieux vaut un blanc honnête qu’une réponse inventée.

Le prestataire doit-il m’aider à le remplir ?

Un bon prestataire le fait volontiers, souvent par téléphone. Avec moi, c’est la première conversation : vous parlez de votre métier, je prends des notes, je vous renvoie la page rédigée à valider. Si vous préférez en parler plutôt que d’écrire, contactez-moi et on le remplit ensemble.