Un artisan m’a appelé il y a quelques semaines, juste après avoir raccroché avec un commercial de SoLocal, l’entreprise qui édite PagesJaunes. Il venait de discuter d’un abonnement site internet autour de 300 € par mois, sur trois ou quatre ans. Le commercial n’avait pas su lui expliquer pourquoi ce prix, précisément. L’artisan cherchait une réponse avant de signer, pas un argument de vente de plus.

Voici ce que je lui ai répondu, chiffres à l’appui. Pas pour dénigrer SoLocal : c’est une société cotée en bourse qui a parfaitement le droit de vendre ce qu’elle veut, comme le vendent les agences nationales évoquées dans mon article sur le démarchage agence web. Juste pour décomposer le prix poste par poste, et vous laisser juger si l’écart avec un site en propriété se justifie pour vous.

SoLocal et PagesJaunes : la même entreprise, deux marques

SoLocal Group est une société cotée à la Bourse de Paris. Elle est l’éditrice de la marque PagesJaunes, l’ancien annuaire papier devenu plateforme numérique, et elle commercialise aussi des offres de présence en ligne pour les artisans et TPE : création de site, hébergement, référencement, parfois gestion de la fiche Google Business Profile et de campagnes publicitaires. Ce sont des faits publics, vérifiables sur le site solocal.com et dans ses publications financières.

Quand un commercial vous appelle en se présentant comme “conseiller en visibilité digitale”, c’est souvent cette structure qui est derrière. Rien d’illégal ni de caché : c’est un modèle économique assumé, qui existe depuis des années et qui a permis à beaucoup d’entreprises françaises de mettre un premier site en ligne sans rien gérer.

Ce que couvre un abonnement autour de 300 € par mois

SoLocal affiche une partie de ses tarifs publiquement sur solocal.com : la création de site tourne autour de 29 € HT par mois avec engagement annuel, le référencement renforcé démarre vers 11 € HT par mois. Les offres complètes de présence, elles, se discutent surtout au téléphone, et c’est là que les montants grimpent. Dans ce que me rapportent les artisans que je rencontre, 200 à 300 € par mois revient le plus souvent pour un pack complet.

Pour ce prix, voici ce qui est généralement inclus :

  • L’hébergement du site, sur les serveurs de SoLocal.
  • Les mises à jour techniques, sans intervention de votre part.
  • Une présence sur l’annuaire PagesJaunes, avec fiche entreprise.
  • Un accompagnement téléphonique, souvent via un conseiller dédié.
  • Parfois, un budget publicitaire Google Ads ou Meta Ads intégré à l’abonnement.

Main faisant un calcul à la calculatrice à côté d'un carnet de notes, pour décomposer le coût d'un abonnement site internet

Chacun de ces postes correspond à un vrai coût pour SoLocal : un serveur, du temps de développeur, une équipe commerciale et technique. Le service existe, il n’est pas fictif.

Le calcul que le commercial ne fait pas au téléphone

Prenons l’hypothèse de travail la plus courante : 300 € par mois. Voici ce que ça représente sur la durée, en partant du principe qu’un engagement de 3 à 4 ans est fréquent sur ce type de contrat.

DuréeCoût total à 300 €/mois
1 an3 600 €
2 ans7 200 €
3 ans10 800 €
4 ans14 400 €

14 400 €, c’est le montant qui ressort du calcul le plus simple : un prix mensuel multiplié par un nombre de mois. Personne ne vous ment sur le chiffre mensuel. C’est le total sur la durée d’engagement qui n’est presque jamais énoncé à voix haute pendant l’appel.

Pour comparer, un site vitrine créé par une agence locale coûte généralement entre 750 € et 1 500 € HT en une fois, selon le nombre de pages, plus une maintenance sans engagement autour de 49 € HT par mois si vous voulez déléguer les mises à jour. Sur 4 ans, cela donne 750 € + (49 € × 48 mois) = 3 102 €, pour un site 5 fois moins cher qui vous appartient à la fin.

Abonnement ou site en propriété : le comparatif

CritèreAbonnement type SoLocal/PagesJaunesSite créé en propriété
Coût sur 4 ans (hypothèse 300 €/mois)~14 400 €~3 000 à 4 000 €
Propriété du site à la finNon, le site reste sur la plateforme du prestataireOui, fichiers et nom de domaine vous appartiennent
Durée d’engagementSouvent 2 à 4 ans, tacite reconduction fréquenteAucune, résiliable à tout moment
RésiliationPréavis à vérifier au contrat, souvent plusieurs moisSans préavis
Personnalisation du designGénéralement un gabarit partagé entre plusieurs clientsSur mesure
Présence annuaire PagesJaunesIncluseNon incluse (mais Google Business Profile l’est, gratuitement)
InterlocuteurService client mutualiséUn seul interlocuteur, du devis à la mise en ligne

Ce qui est légitime dans une offre comme celle-ci

Un comparatif qui ne concède rien n’est pas crédible, alors soyons clairs sur ce qui fonctionne vraiment dans ce modèle. Pour un artisan qui ne veut absolument rien gérer, qui préfère une seule facture mensuelle à un devis initial, et qui a confiance dans le fait que “quelqu’un s’en occupe”, l’abonnement répond à un vrai besoin. L’hébergement est réel, les mises à jour sont réelles, et l’annuaire PagesJaunes garde une audience, notamment chez une clientèle plus âgée qui continue à l’utiliser par habitude.

Ce n’est pas un mauvais produit en soi. C’est un produit loué, pas acheté, et le prix de la location mérite d’être comparé à celui de l’achat avant de signer. Je détaille ce calcul plus largement ici pour les artisans qui hésitent entre les deux modèles, quel que soit le prestataire en face.

Ce qui ne justifie pas l’écart de prix, à mon avis

Trois éléments expliquent l’essentiel de l’écart entre 300 € par mois et une création classique.

Le design est mutualisé. Sur des volumes de vente importants, la rentabilité du modèle repose sur des gabarits de site réutilisés d’un client à l’autre, avec des variations limitées. Ce n’est pas propre à SoLocal : c’est la logique de tout modèle par abonnement à grande échelle, y compris chez des concurrents comme Wix ou Simplébo.

Vous ne repartez avec rien à la fin. À la résiliation, le site reste la propriété du prestataire. Vous avez payé pendant des années pour un outil que vous ne gardez pas, contrairement à un site créé sur mesure où le nom de domaine et les fichiers sont à vous dès le départ. La durée d’engagement de ces contrats mérite d’ailleurs d’être lue en détail avant de signer, clause par clause.

L’annuaire PagesJaunes pèse moins qu’avant. Il y a quinze ans, être visible sur PagesJaunes était quasiment obligatoire. Aujourd’hui, la fiche Google Business Profile, gratuite, capte l’essentiel des recherches locales pour un artisan. J’ai écrit un comparatif complet entre Google My Business et PagesJaunes si vous voulez creuser ce point précis.

Peut-on résilier un contrat SoLocal ou PagesJaunes ?

C’est la question que pose le plus souvent l’artisan qui a déjà signé. Je ne peux pas répondre à sa place : chaque offre a ses propres conditions générales, et c’est le document que vous avez signé qui fait foi, pas un article de blog. Ce que je peux dire, c’est que des avis publiés publiquement sur des plateformes comme Trustpilot évoquent des préavis de résiliation de plusieurs mois avant l’échéance du contrat, avec reconduction tacite si le préavis n’est pas respecté à temps. Avant d’agir, relisez votre contrat ou demandez conseil à un professionnel du droit si une clause vous semble ambiguë.

Les questions à poser avant de signer quoi que ce soit

Que ce soit avec SoLocal, une autre agence nationale, ou un prestataire local, posez ces questions avant de signer :

  1. Quel est le coût total sur toute la durée d’engagement, pas seulement le prix mensuel ?
  2. Le site, le nom de domaine et le contenu m’appartiennent-ils, ou restent-ils chez le prestataire à la fin du contrat ?
  3. Quel est le préavis exact de résiliation, et à partir de quelle date se déclenche-t-il ?
  4. Le design est-il exclusif ou basé sur un gabarit partagé ?
  5. Qui contacter en cas de problème : un interlocuteur nommé, ou un service client mutualisé ?

Une réponse évasive à l’une de ces questions en dit souvent plus long qu’un argumentaire commercial de trente minutes.

Le verdict de Clément

Je ne dis pas que SoLocal ou PagesJaunes vendent une arnaque. Je dis que 300 € par mois sur 4 ans, ça fait 14 400 € pour un site que vous ne posséderez jamais, et que ce chiffre mérite d’être posé sur la table avant la signature, pas découvert deux ans plus tard. Si un commercial ne peut pas ou ne veut pas faire ce calcul avec vous au téléphone, faites-le vous-même. C’est exactement ce que je fais avec chaque artisan qui vient me voir pour un site vitrine à Brest : un prix affiché, sans engagement, et un site qui vous appartient dès le premier jour.